Accord de Kuala Lumpur : une paix de papier ?

Le 26 octobre 2025, lors du 47ᵉ Sommet de l'ASEAN à Kuala Lumpur, le Premier ministre cambodgien Hun Manet et son homologue thaïlandais Anutin Charnvirakul ont signé en grande pompe un accord de paix censé tourner définitivement la page du conflit frontalier qui a embrasé les deux pays durant l'été.

Pourtant, sept jours après cette signature solennelle, les 18 soldats cambodgiens capturés par l'armée thaïlandaise demeurent en détention alors que l'accord de Kuala Lumpur stipule clairement, au point 5, la libération des prisonniers de guerre cambodgiens « comme démonstration de bonne volonté » de la part de Bangkok. Dès le 28 octobre, le Premier ministre Hun Manet a rappelé publiquement cet engagement à son homologue thaïlandais, insistant sur les « raisons humanitaires » et la nécessité d'une « coopération réelle » pour que la déclaration atteigne ses objectifs.​

Mais la Thaïlande veut d’abord observer comment avancent le retrait des armements lourds, le déminage de zones à haut risque le long de la frontière, la répression des réseaux criminels transnationaux (notamment les sites d'escroquerie en ligne) et la résolution des questions de délimitation frontalière.​

En d'autres termes et pour parler franchement, Bangkok garde en otage ces 18 hommes pour arracher au Cambodge le maximum de concessions possibles.​

Cette stratégie d'obstruction soulève une question essentielle : quelle est la valeur réelle de l'accord de Kuala Lumpur si ses engagements les plus basiques ne sont pas respectés ?

Le Comité international de la Croix-Rouge a confirmé que les 18 soldats sont « sains et saufs » et traités conformément aux conventions humanitaires mais c'est une maigre consolation pour des hommes que Phnom Penh considère comme détenus illégalement depuis le premier jour de leur capture intervenue après la signature du cessez-le-feu du 28 juillet.​

Leur libération rapide est indispensable car on ne construit pas une paix durable sans confiance réciproque.

Chaque jour supplémentaire de détention est un mauvais coup porté à l’avenir.

Photo: Le Premier ministre cambodgien Hun Manet (à droite) et le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul se serrent la main en brandissant un document signé lors de la cérémonie de signature d'un accord de cessez-le-feu en marge du 47e sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) à Kuala Lumpur, le 26 octobre 2025. (Photo : ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP)

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